C’était il y a ... cent ans !

Par  mfa  mardi 5 août 2014.
 

((C’était il y a 100 ans ...))

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Le 1er août 1914, par le jeu des alliances, la France se voit contrainte, pour la première fois de son Histoire, de déclencher la Mobilisation Générale des Armées

Le jour même, l’ordre est lancé à 15 h 55, pour le 2 août. Immédiatement relayé par télégrammes aux chefs de corps et de régiments, ainsi qu’aux préfets qui demandent de sonner le tocsin pour avertir les populations, partout en France. L’annonce ne provoque pas un enthousiasme immédiat, surtout en zone rurale où la presse est peu répandue, mais plutôt la stupeur et l’angoisse, alors que chacun est obsédé par la moisson encore sur pied et qu’il faut absolument faire dans les jours à venir.

A Oze, le tocsin est sonné le dimanche 2 août à 17 heures.

La population masculine du village est de 45 hommes, âgés de 20 à 85 ans. Seuls ceux de moins de 45 ans sont mobilisables. Parmi eux, "Julon" Cornand et Louis Manent, le fermier des Millou, tous deux boiteux, sont réformés, ainsi qu’Edouard Faure qui, à 21 ans, est déjà sourd. J.Joseph Bertrand et Auguste Faure, l’instituteur, pères de 6 enfants mineurs, sont ajournés. Quant à Jean Blanc, à 42 ans, ses jambes sont couvertes de varices aussi grosses que des grappes de raisin et l’armée préfère le laisser dans ses foyers. Ils sont donc 22 Ozois à être mobilisés au soir du 2 août 1914.

Soit plus des ¾ de la population active masculine !

Et puisqu’il faut partir ... ils tentent tant bien que mal de rassurer leurs femmes et leurs parents : ("Vaï, ne te bile pas ... Je serai de retour pour les vendanges ...")

Cinq Ozois de 20 à 23 ans sont déjà dans les casernes où ils effectuent leur service militaire. Les autres, munis de la feuille de route rose agraffée dans leur livret militaire, les rejoignent à Gap ou Briançon, par le train. Comme recommandé, ils emportent : "deux chemises, un caleçon, deux mouchoirs, une bonne paire de chaussures et des vivres pour une journée". Et bien sûr, pour obéir aux ordres, ils se sont fait couper les cheveux ! A la caserne, chacun reçoit son uniforme : pantalon rouge, veste bleue horizon, capote, képi, bretelles, caleçons, guêtres, ceinturon et brodequins à clous. Ainsi qu’un havresac garni de : bidon, peigne, boîte de graisse, 2 mouchoirs, savon, trousse de couture, pansements, gamelle, fourchette, cuillère et quart. Plus quelques vivres, 3 cartouchières et un porte-baïonnette. Sans oublier la plaque ovale d’aluminium qu’il doit porter autour du cou et où sont inscrits son nom et son numéro matricule. Ce n’est qu’une fois habillés "en soldat" que la stupeur de la mobilisation fait enfin place, sinon à l’enthousiasme, du moins à la détermination du devoir à accomplir.

Au village, il ne reste que les femmes, les hommes d’âge mûr et les enfants. Même les chevaux, les mulets et les ânes vont quitter le village, réquisitionnés eux aussi ... sauf les vieilles carnes .

Le président du conseil lance un appel : ("Debout, femmes françaises, jeunes enfants ... Remplacez sur le champ du travail ceux qui sont sur les champs de bataille. ")

Et pendant 4 ans ... les Ozoises ont tout assumé : les vieux parents, les enfants, le jardinage, les brebis, les volailles, la lessive - toutes choses qu’elles faisaient déjà avant la guerre - en y ajoutant : les moissons, les labours, les semailles, les foins, les fruits, la vente des bestiaux ... qui sont des travaux d’hommes. Avec une tenacité incroyable - sans le secours d’aucune mécanisation - elles ont été "chef d’exploitation", pour que tout soit en ordre au retour de leur "homme". Dans une lettre du 30 janvier 1916, Madame Itier écrit : ("Les femmes sont admirables [...] et mériteraient la Croix de l’Agriculture pour leur vaillance ! ")

Pour les hommes, les premiers mois de combat sont épouvantables et déciment le front.

A deux reprises, dès le mois de septembre 1914, les gendarmes se rendent à Véras pour annoncer qu’Anatole Itier, 27 ans, a été tué dans les Vosges, suivi neuf jours plus tard par son frère François, 28 ans, tombé dans la Meuse. Et les gendarmes reviennent début novembre. Leur beau-frère, le capitaine Léopold du Long-Pray, 33 ans, dont la femme et les enfants vivent à Véras, est mort dans la Somme ...

Pour les Ozois mobilisés, les jours et les mois passent dans la boue et l’enfer des tranchées. Au village, les travaux des champs se succèdent, tant bien que mal, sans les hommes. Leur nombre d’ailleurs ne cesse de diminuer. Quelques vieux meurent. Les jeunes des classes 17, 18 et 19 sont appelés en avance. En 1915, on rappelle même les hommes jusqu’à 55 ans ...

Et les gendarmes reviennent encore au village ... En 1916 pour Prosper Vial, 30 ans, de la Charrière et Ernest Allouis, 25 ans, du Champ de Doire, morts l’un à Verdun et l’autre au Fort de Vaux.

Ils reviennent encore ... en 1917, pour Louis Reynaud, 32 ans, de la place de l’église, tombé dans l’Aisne et ... en 1918, pour Jules Vial, 38 ans, frère de Prosper, tué à l’ennemi dans la Somme.

Un cinquième des gaillards du village ne reviendront jamais !

Sans compter "Milou" Roubaud, 21 ans, tué d’une balle dans le coeur en 1917, dans l’Aisne et qui, alors domicilié à Gap, n’a pas été enregistré à Oze.

Parmi ceux qui reviennent, complétement traumatisés, plusieurs sont blessés plus ou moins gravement. Robert Itier en Belgique en 1915 - Marcel Bermond, le père d’Yvan qui a un poumon traversé par une balle - Adrien Allouis, frère d’Ernest, dont la cuisse a été arrachée par un éclat d’obus et qui après un an et demi d’hôpital, est contraint d’abandonner la terre - Eugéne Blanc, père de Georges, gazé - Valentin Cornand, de la Charrière, blessé à l’épaule, puis retourné sur le front, avant d’être fait prisonnier ... Lucien Grimaud qui avait été gravement gazé en 1918 et rapatrié à Oze, y est "Mort pour la France" à 40 ans, quelques mois plus tard, laissant 5 jeunes enfants, adoptés par la Nation.

Cette horrible guerre de 14-18 a débuté il y a 100 ans. Elle a fait 9 millions de morts, dont 1,4 million de Français. Pratiquement chaque famille française a perdu un fils ou un frère.

La France entière se réunira par la pensée, pour commémorer la Mobilisation Générale de 1914 et le souvenir des "Poilus" : ce Vendredi 1er août 2014, en faisant sonner le tocsin à 16 h. L’occasion pour nous tous qui habitons le village de Prosper, Ernest, Louis, Jules, Milou, Lucien, Anatole et François, de penser à eux et à tous leurs camarades, pendant la sonnerie du tocsin et de rendre hommage à leur dévouement qui a contribué à sauver notre beau pays de l’invasion.

M.F.A